Les Parents Conscients

La fessée: quelles sont les meilleures alternatives ?

Éternel débat entre ceux qui estiment qu’une bonne claque sur les fesses aide à remettre les idées en place et ceux qui voient en elle une abomination responsable de bien des maux chez l’enfant.

Ces partisans de la deuxième catégorie gagnent d’ailleurs de plus en plus d’audience auprès des médias et des nouveaux parents, soucieux d’éviter des comportements dits “à l’ancienne”.

Dans une société où les cabinets de psys ne désemplissent pas, il n’est guère surprenant de voir émerger des courants toujours plus prompts à éradiquer nos névroses en recherchant leurs origines. Ainsi donc, depuis quelque temps nous voyons apparaître des “chasses à la fessée”.

Chacun se rappellera l’histoire de ce père condamné à 500 euros d’amende avec sursis pour avoir donné une fessée à son fils de 9 ans à la sortie de l’école alors que ce dernier s’était montré désobéissant.

Dans la nuit du 29 au 30 novembre 2018, une nouvelle proposition de loi visant à interdire les « violences éducatives ordinaires » a été adoptée par l’Assemblée Nationale.

L’idée de cette loi est de faire entrer cette interdiction dans le Code Civil, et non d’infliger des sanctions pénales. L’acte est symbolique et pédagogique.

Mais pourquoi ce sujet fait-il autant débat ? Quels enjeux se cachent derrière cette question? La fessée est-elle vraiment efficace en cas de débordement ? Devons-nous l’interdire à tous ? Petit tour d’horizon de la question:


Il y a Fessée et "FESSÉE"!

Ou plus exactement il y’a fessée et châtiments corporels brutaux. Dans un monde fait de gens intelligents et subtils, il ne serait pas nécessaire de préciser que le monde n’est pas ou tout blanc ou tout noir. Comme le rappelait si justement le célèbre peintre Paul Gauguin: “Rien n’est noir, rien n’est gris. Ce qui semble gris est un composé de nuances claires qu’un œil exercé devine.”

Ici, nul besoin d’avoir un œil d’expert pour distinguer une fessée non appuyée, d’une fessée qui claque fort, de la déculottée ou bien de la rouste virile donnée à la main ou à la boucle de ceinture. On sera bien tous d’accord pour ne pas mettre sur le même pied d’égalité ces différentes situations. 

Or, à écouter certains pourfendeurs de la fessée, on a le sentiment que chaque parent ayant eu recours à elle est un bourreau en puissance qui se défoule de toute sa frustration sur le postérieur de sa progéniture dès qu’il a besoin d’évacuer son stress.

Je ne suis pas un partisan de la fessée, loin de là et je vous expliquerai par la suite en détail pourquoi, mais il faut garder raison et ne pas tomber dans une sorte de paranoïa inquisitrice en cherchant à amalgamer la fessée qui n’est autre qu’une reprise en place physique sans application de force réelle et la violence des coups exercée avec toute la puissance dont un adulte peut faire preuve (parfois malheureusement ailleurs que sur le postérieur).

Rappelons qu’en France 730 enfants meurent toujours chaque année de maltraitance. Mais aussi révoltant que puisse être ce nombre, il reste indécent d’associer ce chiffre révoltant à la fessée.

"Tu vas recevoir une fessée !"

Rarement utilisée d’emblée à la moindre opposition, elle serait plutôt la solution de la dernière chance lorsque toutes les autres ont précédemment échoué.

Il n'y a pas d’étude chronologiques sur le sujet, mais je suis persuadé qu’elle tombe plutôt en fin de journée qu’au début. Pourquoi? Tout simplement parce que lorsque vous êtes fatigués votre seuil de tolérance est beaucoup plus restreint que lorsque vous êtes frais. 

Et en situation d’opposition, lorsque la fatigue est présente des deux côtés, la tension monte très vite, le niveau sonore également et le stress alors à son comble provoque des réactions que nous n’aurions pas envisagées dans un état de calme. Dailleurs lorsque nous y revenons, nous regrettons de nous être emportés.

En très grande majorité, elle est une réponse maladroite plutôt qu'un vice parental pour lequel les adultes jouiraient de leur domination physique.

Auquel cas, plutôt que de stigmatiser et de condamner, il serait plus judicieux de faire un peu de pédagogie.

Pourquoi la fessée n’est-elle pas une solution?

Lorsque nous sommes intérieurement sereins, nous sommes naturellement empathiques avec nos proches. Or l’empathie est incompatible avec la tension ou la violence qui vient d’être exprimée. C’est ce décalage qui nous rend amers. Voilà pourquoi la fessée n’est pas une solution.

Elle est sans aucun doute mal vécue par l’enfant, mais elle va aussi très certainement vous mettre mal à l’aise inutilement. Vous allez vous mettre à douter…et en éducation, le doute n’est jamais bon. Au-delà de ça il existe d’autres raisons pour lesquelles la fessée n’est pas une solution:

  • Elle fait naître de la rancoeur
  • Elle empêche de créer un dialogue
  • À répétition:
  • elle devient banale
  • elle aura de moins en moins d’efficacité
  • elle pourra dans certain cas “légitimer” des comportements violents envers vous à l’adolescence

A contrario, ne pas sanctionner revient à légitimer les comportements dangereux ou inadaptés de votre enfant. Il semble donc parfois plus grave de ne pas réagir que de donner une fessée, car ce laxisme va vous coûter cher à tous les deux.

Lui va comprendre peu à peu qu’il peut faire ce qu’il veut, le rendant toujours plus "tout puissant". Or, il n'est plus à prouver qu'un enfant n'ayant eu aucune structure et reçu aucune limite dans l'enfance aura de grandes chances plus tard de devenir un adulte déstabilisé et sujet aux dépressions multiples. Car il ne saura pas comment faire face aux multiples frustrations qui jalonnent le quotidien d'un individu adulte. Il faut y être préparé.

Quant à vous, vous perdrez peu à peu votre autorité sur lui rendant vos interventions toujours plus pénibles. Vous finirez par vous épuiser beaucoup plus que vous ne le devriez. Il est donc plus judicieux d’opter pour d’autres solutions.


Comment recadrer sans lever la main?

Donner un cadre clair:

La première des choses à faire est de rendre le plus clair possible le cadre dans la tête de votre enfant. Autrement dit qu’il sache précisément ce qu’il a le droit de faire ou non. exemples:

  • Dire bonjour, s’il-vous-plaît et merci
  • Aider à ranger ses jouets ou ranger sa chambre pour les plus grands
  • Manger proprement
  • Ne pas faire de choses dangereuses (monter sur la table ou une chaise, jouer avec les appareils électroménagers…)
  • Ne pas taper
  • Ne pas hurler ou faire des caprices
  • etc...

Plus le cadre sera clair et moins il sera étonné d’être recadré en cas de “bêtise” et moins il sera tenté de déborder.

  • Avantages:
  • Permet de recadrer à froid lorsque les émotions sont calmées
  • Moins d’incompréhensions, car on rappelle la règle en même temps
  • Une automatisation des bons comportements
  • Moins de crises et de tests en perspective Inconvénients
  • Inconvénients:
  • Demande de réagir rapidement pour ne pas laisser passer trop de choses, car vous risquez sinon de rendre le cadre incohérent et donc inefficace.
  • Demande de réfléchir préalablement au cadre pour qu’il soit le plus clair possible dans votre esprit.

Donner une réponse proportionnelle:

Jeter les objets par terre de colère et ne pas dire merci lorsqu’on obtient quelque chose auront bien évidemment deux réponses différentes. Il s’agit donc d’avoir en réserve une série de sanctions allant de la plus légère à la plus lourde. Une petite faute sera suivie d’une petite sanction. Exemples:

  • s’excuser
  • réparer (ou participer à la réparation si l’on est trop petit)
  • participer (au rangement par exemple)
  • être exclu (dans sa chambre, si seulement elle n’est pas remplie de ses jeux préférés. Sinon, aucun intérêt)
  • être privé (d’écrans ou de sucreries! En général, ça marche terriblement bien).

Si possible, donner une sanction en rapport avec la faute serait l’idéal. Comme par exemple, un mot d’excuse pour avoir tapé.

Avantages: La sanction sera mieux acceptée et elle garantit votre crédibilité et donc votre autorité

Inconvénients:  La proportion dépend aussi de l’enfant.

Il se peut qu’une sanction qui fonctionne avec un enfant ne fonctionne pas avec un autre. Certaines pourraient dissuader un enfant alors que pour d’autres, elles ne seraient pas suffisamment contraignantes. N’hésitez donc pas à répondre différemment en fonction de vos enfants.

Donner une sanction qui répare:

C’est fondamental! Et cela va de pair avec la sanction graduée. Car plus la faute est grave et plus la réparation est importante. Vous construisez également chez lui son rapport à la citoyenneté, car dans une société saine, c’est bien comme cela que la justice fonctionne. Exemples:

  • Je répare l’objet cassé ou j’aide à le réparer
  • Je ramasse ce que j’ai jeté
  • Je vais dans ma chambre (ou une autre pièce) pour avoir crié et permettre à mes parents de reposer leurs nerfs. On peut aussi le coucher plus tôt.
  • Je participe à la réparation avec mon argent de poche (s’il y’en a)

Avantages: C’est la plus juste des punitions + Elle responsabilise et rend autonome (et donc fait grandir votre enfant).

Inconvénients:  Elle n'est pas toujours applicable à toutes les bêtises.

Pour conclure, je rappellerais que la fessée n’est pas une horrible pratique moyenâgeuse. Il faut arrêter de culpabiliser les parents y ayant eu recours. Elle est préférable au laxisme et à l’absence de réponse.

Toutefois, il faut garder en tête qu’elle est relativement contre-productive (surtout à répétition) et que l’utiliser n’est pas une solution judicieuse. Nous avons tous reçu quelques fessées dans notre enfance (même des déculottées) et bien qu’elles ne nous ait pas traumatisées outre mesure, il est souvent bien difficile de se rappeler pourquoi elles sont tombées.

Nous l’avons vu, il existe des réponses plus efficaces qui permettent en plus à votre enfant de devenir responsable. Je vous conseille vivement de les appliquer. Vous y gagnerez en énergie et votre enfant y gagnera en autonomie. En attendant, soyez confiants, soyez conscients!

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